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Qui ne saute pas, n’est pas …

Salut à toutes et à tous !

Ayant entendu de nombreuses fois depuis ce dimanche 6 mai 2012 20h que la France faisait un grand saut ; pour certains d’ordre politique, pour d’autres d’ordre physique (le tout mou l’emporte sur le tout dur), pour d’autres encore d’ordre idéologique, pour d’autres aussi d’ordre exploratif (.. l’inconnu), pour d’autres enfin d’ordre chronologique (en arrière ou en avant c’est selon…) , je me suis intéressé quelque peu au concept de saut.

Partant du chant du supporter de football (ex : « qui ne saute pas, n’est pas lyonnais » … changer « lyonnais » par le club de votre coeur), je me suis tourné très rapidement vers des sauts nettemment plus amusants, étonnants, effrayants… que ceux évoqués en préambule…

Désolé, mon propos ne prendra donc aucune tournure politique voire même va s’interrompre … maintenant :-) Hop… je saute !

 

 

 

Coincoins sauteurs !

06avr/12

Emotion (trop ?) forte

les plumes de l'année

les plumes de l'année

Olivia faisant un break pour des vacances certainement méritées, Asphodèle et ses plumes de l’année (en O cette fois) prend la relève : or – opale -orange – osmose – ode – obligation – offense – oh – ordinaire – orage – opportunité – ouvert(e) – onirique – obsession – ombrelle – obéissance – oubli – octave – orgue(s) – océan – orme – orchidée.

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Avertissement : Ce récit n’est pas une pure fiction. Réellement vécu il y a quelques jours seulement, c’est en compulsant la liste des mots en O que l’idée m’est venue de partager avec vous ce moment si particulier à mes yeux. Seuls les prénoms ont été changés.

Le point d’orgue émotionnel de notre séjour à Port Aventura (Salou – Espagne) avait été sans aucun doute ce moment-là. Au fil des deux précédents jours, Louis, 14 ans, le plus âgé des trois ados, avait développé une « petite » obsession. D’ordinaire si calme, il n’avait cessé de revenir sur ce sujet : il voulait à tout prix se retrouver au point le plus haut du parc d’attractions. L’orage venait juste de cesser, délivrant une véritable ode à Océan (ou Océanos – dieu des eaux et ainé des titans). Une myriade de ponchos oranges en plastique était apparue sur les épaules des quelques visiteurs qui n’avaient pas fui mais qui avaient été dans l’obligation de ranger ombrelles et crèmes solaires. En constatant la faible affluence et donc la faible attente nécessaire, Louis avait trouvé là une opportunité unique et avait fini par tous nous convaincre. Son frère, Octave, douze ans, lui faisant preuve d’une aveugle obéissance avait rapidement cédé. Il avait juste laissé échapper un faible « oh » de surprise puis, résigné, avait acquiescé. Jusque là en parfaite osmose avec ses deux amis, Esteban, mon fils, s’était contenté d’emboiter le pas en s’engouffrant sous le portique d’accueil annonçant en lettres d’or la terrifiante attraction, le « Hurakan Condor ». Moi, l’adulte, ouvert et souhaitant éviter toute offense, j’avais juste un peu regretté à cet instant que cette idée ne soit pas tombée dans l’oubli.

Aux yeux du plus grand des enfants, l’expérience s’annonçait onirique. Nous embarquâmes en file indienne et prîmes place dans des sièges habilement décorés de faux orme. Troisième plus grande « tour de chute » au monde mais horriblement décorée d’énormes prétendues opales et orchidées, , le « Hurakan Condor » annonçait un programme inquiétant. Vingt personnes (assises dans des gondoles de quatre) sont offertes en sacrifice au dieu des tempêtes et du vent, Hurakan, lancées dans le vide de la « plus haute tour sacrée ». Les 100 mètres d’ascension se firent à une vitesse rapide mais finalement très douce. Le panorama des alentours que nous découvrîmes était d’une beauté à couper le souffle. C’est dans un silence glacé et avec pour seul compagnon le vent qui soufflait encore fort, que nous atteignîmes le sommet. Nous attendions dès lors, les pieds suspendus dans le vide, le moment fatidique de la chute annoncée : 3 secondes à 115 km/h exerçant sur nos corps une force de trois fois la gravité (3G).

Sans un bruit, le dispositif d’élévation qui nous avait monté jusque là « lâcha » notre gondole. Octave fut le seul à s’exprimer (de peur?) en lâchant quelques mots que je ne pus distinguer sur le moment. Notre embarcation fila à la vitesse vertigineuse promise et le tout fut à peine plus long qu’une inspiration. La (très) forte émotion passée mais encore quelque peu déboussolés, nous nous retrouvâmes au stand photo à admirer le cliché que la machine savamment disposée à cette attention avait fait. Tête baissée, Octave restait étrangement calme et silencieux. Discrètement, laissant de côté Louis et Esteban s’entr’enthousiasmaient, je fis face au jeune rouquin. Son teint m’apparut beaucoup plus blanc qu’à l’accoutumée. Il était livide. Ses grands yeux verts étaient embués. Le cœur dans un étau, je le questionnai à propos des mots qu’ils avaient eu avant le lâcher dans le vide. Il avala péniblement sa salive, une larme roula sans précaution sur le lit de tâches de rousseur de sa si jolie frimousse. Ce qu’il me dit alors, je l’entends encore aujourd’hui, provoquant en moi un vif et tenace trouble : « A ce moment-là ? J’ai juste crié : JE VAIS MOURIR ! ».

Chute de Coincoins

Ce texte n’est pas libre de droits.

:-)

Hurakan Condor

Hurakan Condor

03fév/12

Faites taire le compteur…

plumedesmotsunehistoire3

plumedesmotsunehistoire3

Désirs d’histoire numéro 54 et ses 23 mots imposés : erreur – tendresse – train – thorax – scolopendre – lutte – inconnu – inexorablement – boue – pavillon – compagnie – foyer – neige – étude – mésange – flocon – accoster – désorienté – parcours – tomate – chanter – gare – livre

 

 

 

 

Malgré sa situation, Jean-Marie ne parvenait pas à réaliser que ce communiqué de l’ambassade de France le concernait. La connexion à peine rétablie, cet e-mail affublé d’un énorme « WARNING » avait retenu toute son attention malgré une liste de messages non lus conséquente. Ornée du sigle de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la communication ne laissait aucun doute quant à la gravité exceptionnelle des incidents qui se déroulaient encore, soixante douze heures après le séisme, dans la centrale de Fukushima-Daiishi située à quelques kilomètres de là. Les mots avaient l’efficacité et la froideur que seules les missives administratives pouvaient revêtir :

« Il est notamment conseillé de se calfeutrer dans leur domicile (couper les systèmes d’aération), et de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’ eau potable et de nourriture pour plusieurs heures(…). En cas de sortie indispensable, il est nécessaire de porter un masque respiratoire… (*) ».

Trois jours plus tôt, la journée avait pourtant si bien commencé. Il s’apprêtait à se rendre à la capitale par le train. La neige tombante en flocons légers sur un paysage engourdi par le froid, tout lui avait semblé incroyablement paisible, un peu trop même. Le tremblement de terre qui se produisit aux environs de 14h45 avait été d’une violence rare. Pédalant fermement dans l’ambiance hivernale, il se trouvait alors à moins de 500 mètres de son foyer. Il fut propulsé sur le bas côté du chemin par la première secousse d’une force brutale inhabituelle. Il tenta de se redresser mais les vacillations étaient telles qu’il dut se résoudre à se jeter de nouveau face contre terre, mains sur la tête. Désorienté, il s’empala alors sur le guidon partiellement rouillé de son vélo qui lui laboura le thorax dans un mouvement transversal. Souffle coupé, la douleur aiguë le plia en deux. Le visage maculé par la boue, se frottant avec sa manche tant bien que mal, il écarquilla les yeux. En cet endroit particulièrement meuble de la campagne, la terre fraîchement éventrée laissait échapper un flot discontinu et grouillant d’insectes rampants. Jean-Marie se trouvait nez à nez avec un de ces spécimens qui lui semblait être, sauf erreur de sa part, un répugnant mukade (**). Très remontée contre ce cycliste inconnu tombé du ciel, la scolopendre d’une bonne vingtaine de centimètres tentait de l’accoster par le bras gauche en adoptant sa démarche zigzagante si caractéristique. Toute proche, la bestiole se redressa, gueule béante et planta ses crocs démesurés dans l’avant-bras à sa portée. La brûlure fut immédiate et paralysa littéralement son disproportionné et humain d’ennemi. Beaucoup trop loin de la gare pour avoir pu envisager un seul instant de la rejoindre à pied, il ne se souvenait plus vraiment comment il était parvenu à retourner sur ses pas. Son parcours chaotique lui revenait par bribe, comme si sa mémoire était saupoudrée de débris d’un cauchemar malheureusement bien réel.

Aujourd’hui, l’électricité, et Internet étaient revenus. Et même si les coupures étaient fréquentes, accentuant ainsi l’impression de l’extrême fragilité qu’avait revêtu sa propre existence, cela lui donnait une illusion de contact avec le monde extérieur. Depuis un long moment, il s’évertuait à énumérer ses souvenirs de la vie courante, telle qu’il la connaissait encore il y a quelques jours. Incroyable comme chaque chose, anodine jusque là, revêtait désormais une si grande importance. Il cherchait ainsi une petite étincelle afin de rallumer en lui un sourire, un espoir. Il avait un mal fou à trouver un semblant de calme dans sa tête. Du regard, il balayait les lieux assombris par l’enfermement forcé. Il distinguait à peine la photo de cette petite mésange qu’il affectionnait tant. La seule pensée qu’il ne pouvait pas remplir la mangeoire aux oiseaux du jardin fit poindre des larmes dans ses yeux. La tension de ces derniers jours était telle qu’il ne retenait plus ses émotions. Il ressentait de la tendresse pour cette petite chose plumée qui égayait jusqu’alors son quotidien. Chanter face à son pavillon semblait être devenu sa principale occupation. Gazouiller aurait été peut-être plus approprié, mais il trouvait ce verbe moins en rapport avec le magnifique récital journalier que lui offrait cet intrépide volatile. Une rapide étude du spécimen lui avait permis de l’identifier : c’était une mésange charbonnière qui lui tenait régulièrement compagnie. La longue bande noire qui longeait sa poitrine et son frêle ventre jaunes ne laissait aucun doute quant à son espèce. Ainsi cravaté, affublé d’une calotte noire, les minces joues blanches de l’animal en action jouaient la sérénade dans les souvenirs délirants de fièvre de Jean-Marie.

Il ne s’était jamais vraiment habitué aux « mauvaises » humeurs de cette terre japonaise, sujette à d’incessantes luttes intestines, juste au-dessus desquelles les gens vivaient normalement. Régulièrement, elle grondait, rappelant à chaque habitant combien sa vie ne pesait guère dans la balance de l’existence. D’ailleurs, il lui semblait que cela se reflétait singulièrement dans l’humilité et la gentillesse permanentes dont faisaient preuve les autochtones. L’élancement permanent de sa plaie le fit grimacer à nouveau. Le guide médical qu’il avait entre les mains était formel. Le venin irritant du mille-pattes pouvait paralyser un bras pendant une dizaine de jours mais dans la plupart des cas rencontrés jusqu’à maintenant, l’issue n’était pas mortelle. Vaguement rassuré, il referma le livre et observa une fois encore son coude. Aux points de morsure, la conséquente boursouflure rouge tomate semblait virer inexorablement en des tons bien plus sombres et inquiétants. La douleur restait vive mais, au moins, il était encore vivant pour pouvoir la ressentir et s’en plaindre. Une nouvelle réplique, qu’il ne comptait plus, secoua la maison pendant presque une minute.

Incapable d’utiliser son bras gauche afin de rendre sa demeure la plus étanche possible, le visage grave, il écoutait le message de mort que le crépitement macabre du compteur geiger annonçait…

 

Coincoins piquants

 

Plus d'infos sur le Mukade - ici

Mukade ou scolopendre "japonais" (**)

 

Ce texte n’est pas libre de droits.

(*) Extrait de l’original transmis en date du 14/03/2011

(**) « Les scolopendres (« mukade »), à ne surtout pas confondre avec les innocents mille-pattes des régions tempérées. L’est de Nagoya (Japon), à la terre rouge, est particulièrement infesté par cette invasion rampante, dangereuse et répugnante. Les « mukade » ne sévissent pas seulement dans les jardins ou les bois ombreux mais ont pris l’habitude de pénétrer à l’intérieur des maisons (ils ne craignent pas les étages…) où ils sèment la terreur lorsqu’on les découvre accrochés au plafond ou rampant sur le sol. Ils ne dédaignent pas non plus les lits où ils peuvent se dissimulér, lovés entre les draps. Brrrrrr !!!! Leur piqure n’est pas fatale mais très douloureuse et dangereuse pour les personnes souffrant d’allergies. Il n’existe pas de remède miracle et seuls la patience et le courage viennent à bout de la douleur. » (source : http://www.hs.sugiyama-u.ac.jp/~helene/pelemele.html)